Protection de l’enfance : pendant que la France enquête, le Luxembourg continue de douter de la parole des enfants

IED • 16 avril 2026

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 16 AVRIL 2026


Protection de l’enfance : pendant que la France enquête, le Luxembourg continue de douter de la parole des enfants


Alors qu’en France, une commission d’enquête au Sénat met en lumière de graves défaillances dans la protection de l’enfance – notamment la remise en cause des parents protecteurs et la disqualification de la parole des enfants victimes de violences sexuelles – une réalité profondément préoccupante persiste au Luxembourg : celle d’institutions qui continuent de douter de la parole des

enfants et de sanctionner ceux qui cherchent à les protéger.


Innocence en Danger Luxembourg exprime sa profonde stupeur et son indignation face à une décision récente consistant à retirer la garde d’un enfant à son parent protecteur, en l’occurrence celui qui a eu le courage de signaler et de dénoncer des violences sexuelles présumées subies par l’enfant.


Une telle décision soulève des questions fondamentales sur la manière dont la parole de l’enfant est entendue, considérée et protégée. Elle envoie un signal extrêmement préoccupant : celui que dénoncer des violences pourrait exposer davantage les enfants et les parents  protecteurs à des représailles institutionnelles plutôt qu’à une protection effective.


Dans de nombreux dossiers suivis par Innocence en Danger Luxembourg, un constat récurrent et alarmant s’impose : les parents protecteurs qui signalent des faits de violences sexuelles sont fréquemment placés sur le banc des accusés. Cette inversion des rôles s’appuie souvent sur des notions telles que « aliénation parentale » ou « conflit parental », utilisées pour qualifier des situations familiales complexes. Ces termes désignent généralement l’idée qu’un enfant serait influencé par un parent contre l’autre dans un contexte de séparation conflictuelle.


Or, ces qualifications peuvent, dans certains cas, détourner l’attention de l’enjeu central : la protection de l’enfant. Il est essentiel de rappeler que l’objectif premier ne doit pas être de déterminer, dans l’immédiat, quel parent a raison ou tort, mais bien de garantir la sécurité de l’enfant et de permettre une enquête rigoureuse, indépendante et approfondie sur les faits qu’il dénonce.


Par ailleurs, le concept d’« aliénation parentale » est loin de faire consensus dans la communauté scientifique internationale. De nombreuses recherches et prises de position institutionnelles, notamment celles de l’Organisation Mondiale de la Santé et d’experts en protection de l’enfance, mettent en garde contre l’usage de cette notion dans les contextes de violences intrafamiliales. Elles soulignent qu’elle peut conduire à discréditer la parole des enfants et à exposer ces derniers à des risques accrus, en les renvoyant vers des environnements potentiellement danger eux.


L’instrumentalisation de cette notion peut ainsi avoir des conséquences graves et durables sur les enfants qui osent parler.

Au-delà de ces constats, le message envoyé à l’enfant est d’une extrême violence : parler, dénoncer, chercher à être protégé peut conduire à être puni. Être retiré de son foyer, séparé de son parent protecteur, éloigné de son école, de ses activités et de ses repères fondamentaux.


Ce signal est destructeur. Il installe chez l’enfant l’idée que la parole est dangereuse et que la justice ne protège pas.

Dans certains cas, il est même imposé à l’enfant de maintenir des contacts, voire de rencontrer, le parent qu’il désigne comme son agresseur présumé, au nom du maintien du lien parent-enfant. Une telle injonction est profondément problématique lorsqu’elle intervient avant que la lumière judiciaire ne soit faite. La protection de l’enfant devrait primer sur toute autre considération, au moins pendant

le temps de l’enquête.


Or, ces enquêtes judiciaires peuvent durer des mois, voire des années, plaçant l’enfant dans une situation de vulnérabilité prolongée et inacceptable.

Par ailleurs, il est particulièrement préoccupant de constater que les signalements et les alertes émanant de professionnels, qu’ils soient psychologues, médecins, enseignants ou travailleurs sociaux, concernant l’état de l’enfant ne sont pas toujours pris en compte à leur juste mesure. Cette mise à l’écart des expertises de terrain fragilise encore davantage les dispositifs de protection.


Il est également essentiel de souligner que, face à ces défaillances, de nombreux parents protecteurs se retrouvent dans des situations impossibles, contraints parfois de se mettre eux-mêmes en difficulté au regard de la loi pour tenter de protéger leur enfant. Lorsque les mécanismes institutionnels ne garantissent pas une protection immédiate et effective, certains n’ont d’autre choix que d’user de tous

les moyens à leur disposition pour soustraire leur enfant à un danger qu’ils estiment imminent. Cette situation est le symptôme d’un système défaillant: si l’enfant était protégé dès les premiers signalements, ces parents ne seraient jamais acculés à de telles extrémités.


Plus grave encore, la décision de placer un enfant dans une institution actuellement sous enquête judiciaire pour des faits graves de maltraitance constitue une aberration totale. Comment justifier qu’un enfant potentiellement victime de violences soit confié à une structure dont l’intégrité même est remise en question par la justice ?


Une telle décision expose l’enfant à un risque accru et va à l’encontre du principe fondamental de protection.


Innocence en Danger Luxembourg rappelle avec force que la priorité absolue doit être la sécurité et le bien être de l’enfant. Toute décision institutionnelle qui ignore, minimise ou aggrave la souffrance de enfants constitue une faute grave.

Nous affirmons également que les institutions qui, aujourd’hui, restent sourdes aux souffrances des enfants — ou pire, contribuent à les aggraver — portent une responsabilité majeure. Cette responsabilité est à la fois morale, institutionnelle et, potentiellement, juridique.


Il est urgent de :

  • Garantir une écoute réelle et protectrice de la parole de l’enfant
  • Protéger les parents qui agissent pour la sécurité de leur enfant
  • Mettre en place des mécanismes indépendants d’évaluation des décisions de placement
  • Assurer une transparence totale concernant les institutions d’accueil


La protection de l’enfance ne peut tolérer ni aveuglement, ni déni, ni inversion des responsabilités.


Homayra Sellier,

Présidente d’Innocence en Danger Luxembourg

Eolia Verstichel,

Vice-Présidente d’Innocence en Danger Luxembourg

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